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vendredi 9 novembre 2018

LE DERBY DU CONGO-RDC EST UNE HISTOIRE DE BUTS ET SPECTACLE

Le 18 novembre, les deux Congo vont s'opposer au stade Alphonse-Massamba-Débat, en match comptant pour la cinquième journée du groupe G des éliminatoires de la compétition prévue au Cameroun. Un derby qui promet, comme les précédents, du spectacle au public. Un formidable travail journalistique de compilation du journal ADIAC de Brazzaville me permet de vous faire résumer les rencontres les plus palpitantes de ce grand Derby du Pool-Malebo.


Lors de sa première participation en Coupe d'Afrique des nations (CAN) en 1968 à Asmara (Érythrée), le Congo est opposé à l'ex-Zaïre qui gagne sur le score de trois buts à zéro grâce à Muwawa et Kabamba (deux buts). A la fin du tournoi, le Congo-Kinshasa remporte le trophée. La deuxième confrontation entre les deux équipes en CAN a eu lieu le 27 février 1972 à Douala, au Cameroun. Ce jour-là, malgré une interruption de trente minutes due à une panne d’électricité, le Congo s’incline deux buts à zéro devant les Léopards. Les deux buts sont signés Ntumba « Pouce ». Au final, c’est pourtant le Congo qui va remporter le tournoi sous la manette de Mbono « Sorcier » et Mbemba Tostao.
Thievy Bifouma force le passage devant Yannick Bolasié et Chancel Mbemba 

La troisième confrontation a eu lieu le 5 mars 1974 à Alexandrie(Egypte), lors de la phase de groupe de la CAN, les Diables rouges gagnent sur le score de deux buts à un. Mbono « Sorcier » (70 e mn) et Minga Noël « Pépé » ont répondu au but de Mayanga « Adelar », inscrit à la 25 e mn. Selon le récit de mon oncle, cette CAN avait laissé un goût amer aux Congolais parce que les Diables-Rouges étaient arrivés à cette édition comme les grands favoris et les tenants du titre. Mais en demi-finale, ils se sont fait surprendre et terrassés par la néophyte Zambie 4-2. A l’issue de la compétition, le Zaïre s’approprie sa deuxième CAN en battant la Zambie dans une finale jouée deux fois (2-2 et 2-0). Le choc de la finale tant attendue entre les deux capitales les plus proches du monde n’a plus eu lieu. Mais de nombreux observateurs considèrent que le Congo avait raté la chance de faire un doublé parce que les Diables rouges avaient l’ascendant sur les Léopards à cette époque.

Plus récemment, lors de la CAN 2015 en Guinée équatoriale, le Congo s’est incliné en quart de finale sur le score de deux buts à quatre contre la RDC, après avoir mené pourtant au score deux buts à zéro grâce aux réalisations de Fodé Doré et de Thievy Bifouma en première mi-temps. Dans le dernier quart du jeu, la RDC marque coup sur coup par Dieumerci Mbokani(2), Jonathan Bokila et Joël Kimwaki. Donc en total des phases finales de la CAN, la RDC totalise trois victoires contre une pour le Congo.

Éliminatoires de la CAN




En éliminatoires de la CAN et du Mondial, les joutes entre les deux équipes sont cependant plus indécises et se soldent souvent par un spectacle où le football offensif a toujours été au rendez-vous. Ainsi, lors des éliminatoires de la 12e CAN 1980, au Nigeria, le Congo et le Zaïre s’affrontent le 8 avril 1979 au stade de la Révolution. Les Diables rouges corrigent les Léopards sur le score de quatre buts à deux. Un fait important pour moi, lors de ce match tant médiatisé, j’étais proche de fêter mes 5 ans, mais à cause de la joie populaire de cette soirée je me souviens que c’était la première fois dans ma conscience de bambin d’apprendre l’existence d’un peuple appelé zaïrois et qui était du coté des « méchants » mais nous les avons battus.

Au match retour, les Congolais étaient trop tendres mentalement et physiquement et ils ont laissé les Zaïrois assurer la Remontada(4-1) deux semaines plus tard, le 15 avril, au Stade du 20-mai avec un triplé du « Bombardier »  Lofombo. Du coté des Congolais, Nkoumbou, le gardien, les défenseurs Okouo-Akaba, Dengaky, Mounoundzi, les milieux de terrain Mbama-Nkounkou, Ntsélan-Tsiéné, Ndomba et les attaquants Bahamboula-Mbemba, Lingongo et Lakou disent adieu à la CAN. Ce jour-là ils ont aussi appris que le Zaïre venait de dénicher un petit prodige du football de 18 ans nommé Mutubilé Santos.
Six ans après, lors des éliminatoires de la CAN 1986, le 31 mars 1985, le Congo se fait corriger à Brazzaville 5-2 par le Zaïre au match aller. Je me souviens que ce match avait envoyé au lit les Brazzavillois très tôt. Comment un derby si attendu et une rencontre d’une importance capitale pour la fierté du pays pouvait terminer par une telle humiliation?

Mutubilé Santos, l'homme du match, avec son complice du milieu Kiyika avaient survolé le match comme des « Superman ». Les buteurs des Léopards furent Mutubilé, Kabongo(2), Kiyika et Lofombo. Ange Ngapy et le jeune Kouvouama « Nis » avaient sauvé la face pour les locaux.
Le ministre des sports de l’époque, Gabriel Oba-Apounou, avait aussi perdu son job après cette défaite de trop. Au match retour, le Congo a contraind le Zaïre à un nul blanc de 0-0 dans un stade du 20-mai pétrifié et médusé. Nkoukou Mapro, le gardien, mais aussi Kouvouama Nis, Mouyabi Chaleur, Ndomba Géomètre, Mbama-Nkounkou, N'Kouka Mathins, N'Gouette n'ont pu renverser la vapeur en dépit de leur remarquable prestation. Logée dans le groupe G avec sa voisine la RDC, le Congo est battu au stade des martyrs sur le score de trois buts à un en match d’ouverture des éliminatoires de la CAN 2019.

Éliminatoires de la Coupe du monde


Les éliminatoires de la Coupe du monde 1998, en France, avaient placé les deux pays dans le groupe 3. Le 6 janvier 1997, le Congo contraint la RDC à un match nul d’un but avec un filet de Bongo Christ à la 5 e mn. Au match retour, le 8 juin 1997, sur un pénalty converti par Macchembé Younga Moughani et le Zaïre, devenu la RDC il y à peine une semaine, s’incline au stade Casimir-M’Voulaléa de Pointe-Noire par le plus petit des scores.
Remy Mulamba(RDC) discute avec Marvin Baudry et Arnold Bouka-Moutou du Congo-Brazza lors du match aller de Kinshasa.
Lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2002, en Corée du Sud et au Japon, la RDC bat le Congo deux buts à zéro, à Kinshasa, avant que Younga Moughani force un match nul d’un but partout au match retour sur une frappe en pleine lucarne.

Même si la balance penche légèrement du côté de la RDC dans leurs confrontations directes, le Congo a l’obligation de gagner ce match pour avoir son destin en main puisque son adversaire du 18 novembre, avec cinq points, a une longueur d’avance sur lui, très loin derrière le surprenant Zimbabwe qui mène la danse avec huit points, surtout que le Liberia, l’outsider du groupe avec quatre points comme le Congo, n’a pas encore dit son dernier mot. Une bonne nouvelle du coté des Congolais est la confirmation de la venue du franco-congolais Christopher Maboulou(AS Nancy, Ligue 2) qui, après moult refus, a finalement accepté de porter les couleurs du pays de ses parents. C’est d’ailleurs lui-même le joueur qui a relancé le dossier auprès de la FECOFOOT, via sa sœur, pour ne pas rater ce grand derby. 

dimanche 9 juillet 2017

Une nuit du Festival de la Toronja à Cuba(Chapitre I)

page Facebook ghanés de Cuba, mozambicanos de Cuba, Burkinabés de Cuba




Aujourd’hui nous allons faire un peu d’histoire. Je vais vous raconter l’histoire du Festival de la Toronja(pamplemousse en espagnol), qui est aussi l’histoire de la pire bataille estudiantine que la Révolution Cubaine n’ait jamais connue. C’était la bataille entre les étudiants congolais et l’alliance des étudiants arabes composée par les Sahraouis et les Yéménites. Les autorités cubaines n’ont jamais voulu faire écho de cette histoire pour préserver la réputation de leur régime et société. Heureusement que j’étais l’un des acteurs de cet épisode et je suis là pour vous la raconter dans un style romanesque. Le récit se fera sur une série de trois chapitres.

Nueva-Gerona rénovée après le sinistre du cyclone Irma
Le 13 mars a toujours été une journée historique pour les Pineros—Désignation des habitants de l’Île de la Jeunesse(Cuba)—parce que c’est la célébration de la proclamation définitive de l’ancienne Île des Pins comme un territoire cubain(réclamé pas les USA), qui des années après s’appellera l’Île de la Jeunesse. Depuis, un carnaval de 5 jours se célèbre chaque mois de mars, sur toute l’étendue de l’île, pour célébrer cet événement.


Si pour les cubains de cette localité, ces 5 jours représentaient la fête et la bière, pour nous les anciens étudiants congolais de cette île, on se rappelle de notre victoire lors de la bataille contre les Arabes. Ce n’était qu’une histoire de la jeunesse, n’empêche qu’à l’époque c’était un événement grave et important que nous pouvons résumer en plusieurs chapitres et parties comme suit.

La première bataille


La première bagarre s’est déroulée le 13 mars 1989 vers 22 heures, sur la rue principale qui menait vers l’hôpital municipale de Nueva Gerona, avait bien opposé une cinquantaine de congolais contre un nombre de deux ou trois fois plus élevé de Sahraouis et de Yéménites.

Pour mieux comprendre, faisons un petit retour de l’histoire…


L'Esbec des élèves éthiopiens, la première à être inaugurée à l'île.
Vers la fin des années 70, Cuba était l’un des rares pays du continent américain qui avaient fait de l’Afrique une priorité pour sa politique internationale. Pour ce faire, la Havane avait signé des accords de coopération avec plusieurs pays africains dans plusieurs secteurs, dont la formation académique complète de futurs cadres. Fidèle Castro avait alors ordonné de construire 70 grandes écoles-internats, reparties dans toute l’île des Pins, pour accueillir les élèves de ces pays amis. C’est à partir de ce vaste projet que les autorités cubaines ont débaptisé cette île en lui donnant le nom actuel de l’Île de la Jeunesse. C’est une île qui est distante de la Havane de 5 heures de traversée en bateau ou de 45 minutes en avion.

Belle femme du Rwanda, Kenya, Yaoundé
Belle Africaine

Toutes ces écoles étaient construites selon un même modèle et plan. C’étaient des vraies cités dans des cités où l’on y trouvait presque de tout pour vivre : les dortoirs, cantines, cafétérias, terrains sportifs, salles des jeux, amphithéâtres et même des collines où l’on avait construit des galeries de refuges sous-terrains anti-nucléaires pour protéger les élèves en cas d’attaque nucléaire des États-Unis…

Les premiers centres à voir le jour étaient les 4 écoles angolaises, 4 pour les Mozambicains et une école éthiopienne qui furent toutes inaugurées en 1977. L’école des congolais a été inaugurée en 1979 par le président Denis Sassou Nguesso lui-même, qui venait juste d’accéder au pouvoir à Brazzaville. 

Congolais de Cuba, Conguitos, Burkinabés de Cuba, les enfants de Sankara
La première promotion des Congolais de Cuba en 1979

C’était la toute première génération de congolais à Cuba, avec près de 600 étudiants, qui allait se voir renforcer par des vagues successives des nouveaux arrivants à tous les deux ou trois ans. Ce système de bourses d’études complètement gratuit a pu bénéficier à 27 pays d’Afrique, Asie et l’Amérique latine de 1977 à la fin des années 90.

Mozambicains de Cuba
Des étudiants mozambicains se promenant dans les environs de leur école, l'Esbec # 7 à l'Île de la Jeunesse(Cuba).
@Courtoisie de la page Facebook de Gilson Washington Lombe


Parmi ces pays nous pouvons citer les nationalités les plus distinctives comme : la Guinée Bissau (qui étaient les meilleurs footballeurs), le Ghana (qui avaient les meilleurs résultats scolaires), le Nicaragua ou encore le Cap-Vert avec sa fameuse Esbec # 4, un vrai paradis de jolies demoiselles.


Le Festival de la Toronja et les étudiants étrangers


Cubana dans Gerona, Ghana, los ghanés de Cuba, Cameroun
Le Boulevard de Nueva Gerona, la capitale de l'Île de la Jeunesse(Cuba)

Quand venait le temps du Festival de la Toronja, les autorités municipales mettaient des navettes de transport à disposition des écoles internationales. Il y’avait une planification par tour de rôle pour que chaque école bénéficie d’une journée de navettes de bus. Le jour qui correspondait à votre école, une trentaine de bus scolaires arrivaient après l’heure du dîner pour ramasser tous ceux qui désirent aller en ville pour la fête. L’heure du retour à l’école était prévue pour 03 :30 A.M. En dehors de ces horaires, chacun devrait se débrouiller avec les moyens du transport public.

Escuela Kwame Nkrumah, Ghana in Cuba, Namibian students in Cuba
Des élèves ghanéens de Cuba pausent sur le pasillo aérien de leur école Kwamé Nkrumah.


Le Festival de la Toronja était la fête populaire de l’île et presque l’unique opportunité que nous avions, avec les Jeux sportifs d’été, de pouvoir se rencontrer et socialiser avec les autres communautés résidentes à l’île. Car généralement, nous ne sortions pas beaucoup de nos écoles, puis que nous étions bien souvent éloignées des centres urbains.


L’origine du conflit


Les origines du conflit entre les groupes protagonistes ne sont pas bien claires. Épris de jalousie, des étudiants sahraouis ou des yéménites voulaient protéger leurs filles des dragueurs congolais. En fait, on confondait beaucoup ces deux communautés arabes, à cause des apparences physiques, de la langue et aussi le fait qu’ils se tenaient toujours ensembles un peu partout.

étudiants sahraouis à Cuba
Des étudiants sahraouis se promenant sur le couloir central de leur Esbec, la Isla de la Juventud(Cuba)

En tout cas, cette nuit les Sahraouis avaient décidé d'engager un combat féroce contre les Congolais à cause d'histoires du cul. Dans la foulée, les Yéménites s’y sont mêlées aussi, peut-être par solidarité musulmane ou arabe, nous n’avions jamais su la raison.


Déclenchement de la bagarre


Le Ciné Caribe à Cuba, Angola, Benguela
Le Ciné Caribe, en face c'est le parc central où le gros du Festival de la Toronja se déroulait.

Cette nuit-là, les Arabes étaient très nombreux. C’était sûrement leur tour de bénéficier de la navette. Nous, les Congolais, avions déjà eu notre navette lors de la deuxième journée du festival. Donc seuls nos vrais passionnés du carnaval avaient décidé de faire le parcours du combattant pour fêter à Nueva Gerona(la capitale).

Playa Punta Francés, Cabinda, Angola, Pointe-Noire, Congo
La superbe plage Punta Francés(Île de la Jeunesse, Cuba), très populaire chez les touristes français.


Lorsque la bagarre se déclencha, les bâtons, les bouteilles et les cailloux se mirent à voler de toute part. Les Congolais furent très vite débordés par le grand nombre des Arabes qui, de plus en plus, frappaient avec une puissance qui stupéfiait tout le monde. Les gars ne faisaient pas de différences entre les garçons et les filles, ils bastonnaient tout le monde sur leur chemin.

Ce fut un grand soulagement pour les Congolais lorsque Bienvenu Thicaya « Tchik Zo », leur leader, donna l’ordre de battre en retraite. Le repli des enfants de Sassou Nguesso s’est fait de façon désordonnée, ce qui a créé un fort mouvement de panique dans les rangs congolais. « Mon gars, c’était le sauve qui peut, Dieu pour tous! » me racontait mon pote Fortuné Nanga, l’un des malheureux acteurs de la soirée.

Édifices de Nueva Gerona
C'est près de ces immeubles proches de l'hôpital de Nueva Gerona où s'est prolongé les affrontements

Plusieurs gars avaient reçu une vraie raclée, avant de voir l’intervention des premiers éléments de la P.N.R (Policía Nacional Revolucionaria). Les plus chanceux avaient pu se réfugier chez certaines familles cubaines du coin, tandis que le reste avait simplement pris la clé des champs. Pour ces derniers, le calvaire était encore loin d’être fini car le retour à l’école au pas du « Un-Deux »  était pénible. Ils ont marché pendant deux heures, dans l’obscurité, en empruntant la route principale qui menait vers le village La Victoria (au nord-est de l’île). Ce chemin rallongeait le trajet, mais au moins il leur permettait de contourner les montagnes des pins et les plantes de marabout, que l’on trouvait en abondance sur cette île.

Des ados de l'Esbec # 48 s'amusant au couloir supérieur de l'école.
Je rends hommage à Armel Yoka « Valer », Anicet Poaty Amar, Ghislain Koukouta, Arnaud Thibault Essereké, Kevin Mbou et le dur de Madingou, Abel Ngouada... Ces gars-là se sont battus avec un courage héroïque, en dépit de leur infériorité numérique. Mais ce n’était qu’une partie remise, puisque nous avions encore une chance de se reprendre le lendemain, le jour de la clôture du festival…


L’École du 5 Février 1979



Très tôt le matin, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre à l’école des Congolais.
 L'École du 5 février 1979, plus connue sous le nom de l'Esbec n ° 48, est rentrée en pleine ébullition au petit matin. C'était notre principal foyer à Cuba. Un mini-Congo de 1200 étudiants qui  comptait en son sein une école secondaire et un lycée pré universitaire. Là-bas on ne parlait que le lingala, la langue nationale. Cependant, l'enseignement était en espagnol et en français(pour certains cours).

Le couloir central de l'école 48 des congolais est dans un abandon total.
Courtoisie de la page Facebook de Manis Mieré

L'école fut construite à l'ombre d'une belle chaîne de montagnes couvertes de pins. Sur les côtés et la façade principale de l'école étaient entourées des champs de citron, dont les rangées des arbres paraissaient infinies. Sous l'ombre de ces longs arbres de pins, les garçons avaient construit de nombreux donjons pour pratiquer les arts martiaux et l'acrobatie (un art très répandu au sein des jeunes à Brazzaville).

aquaduc pour poissons à l'école du 5 février
La carte du Congo illustrée par des artistes cubains à l'école des Congolais de Cuba.
On peut bien apprécier le canal d'eau qui représente le fleuve Congo se jetant dans l'océan atlantique.
En fait, à cette époque-là il y avait trop de brimades à l'école. On vous brimait pour la nourriture, pour obtenir un meilleur emplacement du lit dans les dortoirs. Les gars se battaient pour les copines, pour un match de football ou encore pour un vilain regard etc. Il fallait donc  se préparer pour se faire respecter, sinon on vous faisait baisser les pantalons.

Vers 9 heures du matin, le sentiment général de tout le monde à l’école était que cette humiliation ne pouvait rester comme ça. Il fallait aller venger nos frères le soir, pour le dernier jour du festival. Après, il n’y aura plus d’autres opportunités.


La planification de la revanche


Nous avions besoin d’un grand nombre de gens pour essayer d’égaler le nombre des Arabes, surtout que leurs écoles se trouvaient tout proche du centre-ville. Donc ils avaient l’avantage du terrain et du nombre par rapport à nous. Nous avions du personnel pour répondre à ce défi, mais il y avait un souci et pas des moindres : comment transporter un nombre aussi important des volontaires pour se battre?

Matutino en Cuba, Facebook, Sahara, Maroc
Les étudiants sahraouis de Cuba font la montée des drapeaux avant le début des classes


Voyager loin pour aller fêter est une chose, mais voyager pour aller se battre en est une autre. Cependant, on s’est organisé en petits groupes d’amis pour récolter des sous et s’assurer que personne n’allait manquer d’argent pour prendre les bus du transport public. Pour le retour, ben on va tous se faufiler dans les rares bus mis en circulation à la fin de la fête ou bien louer plusieurs navettes de taxis.

ala docente esbex # 48, Angola, Congo, Caimaneros
Les salles de classe de l'école des Congolais à Cuba
@Courtoisie de la page Facebook de Manis Mieré

Nous avions reçu une mauvaise nouvelle au milieu de la journée : les élèves de la classe de Terminale, qui étaient les plus vieux et les plus forts de l’école, ne seront pas de la partie. Soucieux de préserver leurs futures carrières universitaires, ils n’ont pas voulu se mêler aux gamineries des ados.

Peu importe, cette défection de dernière minute ne pouvait pas miner notre détermination pour aller se battre. Nous pouvions toujours compter sur la présence des durs de moyens et petits calibres de l'école secondaire. En effet, nous avions des gars précieux comme Jonas Poungaloki, Guylain Gokaba «Taxi», Guy Opoukou « Stranger », Bruno Ibibi, Cyrille Ngossia "Selengué" et bien d’autres machines de guerre…

La Plaza de formaciòn de l'Esbec # 48 en ruines...
@Courtoisie de la page Facebook de Manis Mieré

À peine cinq mois en arrière, en été 88, toute l'école était allée au Congo pour trois mois de vacances entièrement financés par l'État Congolais. Beaucoup de gens avaient profité de ce voyage de ressourcement pour s'acheter des gros bras mystiques, avec des gris-gris de toute sorte pour se munir de forces surnaturelles.

Au retour du pays, on commençait à entendre plein d’histoires de mythes, comme celle de Freddy Gouabe qui s’était acheté la gifle du gorille. Quand il s’énervait, il suffisait qu’il plonge sa main dans la poche de son pantalon pour en ressortir un coup de poing  de diamètre trois fois plus grand que la normale.


Un autre c’était Christian Moumbou « Ngouété », ce gars qui avait ramené un pot de sable  recueilli d’un cimetière des fous. Avec un seul coup de tête, il vous envoyait visiter un hôpital psychiatrique. Guy Koula, alias " Guy Malela ", était allé jeûner, avec son grand-père, pendant plusieurs jours dans son village natal de Kibouéndé(120 km au sud de Brazzaville); gare à celui qui avait affaire à lui de retour des vacances… 

Olivier Bokou, alias "Kissinger" ou "Kishi", le gars mystique qui dans la noirceur de la nuit devenait invisible pour ses adversaires. Confiant de ses pouvoirs magiques, il avait pris un malin plaisir de faire des visites nocturnes dans les dortoirs des filles pour y faire des attouchements sexuels. Ses victimes étaient en quelque sorte paralysées par le sentiment d'un cauchemar, la peur ou la torpeur alimentée par un sommeil profond. 

C'est seulement lorsque "Kishi" avait finit son acte besogneux et s'en allait que les filles se rendaient compte de ce qui leur était arrivée. Les victimes voyaient toujours le dos d'un garçon de taille moyenne, musclé et torse nu, s'éclipser en marchant tranquillement dans le pénombre. Quand elles décidaient de crier à  l'aide et que nous descendions de nos dortoirs, le mystérieux visiteur lançait un cri du village et disparaissait simplement dans la nature. Tout de suite on activait un mécanisme de patrouilles dans les dortoirs des garçons, pour attraper ceux qui ne dormaient pas mais ce n'était que peine perdue. Pendant ce temps, Kishi se trouvait dans ses draps comme si de rien. C'était du pur vaudou africain!
Le style des chemises"Le Village" était très en vogue à l'Esbec # 48.

Un moment, ses visites nocturnes devenaient tellement récurrentes que les filles avaient fini par le surnommer "Le Village", à cause de sa culotte multicolore hawaïenne qu'il portait toujours avec lui pour commettre ses forfaits. Quand nous sommes revenus de vacances du Congo, ce style vestimentaire multicolore faisait fureur. Les gens appelaient ça Le Village

Il choisissait toujours soigneusement ses victimes parmi les plus jeunes filles, mais qui avaient déjà des formes corporelles bien arrondies. Une brigade spéciale de volontaires avait été mise en place par la direction pour traquer le délinquant sexuel invisible, mais il s'en moquait et la liste des victimes ne cessait de s’alourdir. Cette histoire accaparait tellement les nouvelles de l'école qu'un moment, plusieurs d'entre nous avions fini par croire que ces filles hallucinaient dans leurs imaginations. En effet, comment pouvaient-elles sentir qu'un être imposant abusait d'elles, mais ne pas être capable de crier à l'aide?

La seule fois que "Kissinger" avait oublié sa culotte fétiche et choisi de porter une autre, il s'était fait pincer. Un gars qui montait la garde, tout en passant la nuit avec avec sa copine, l'avait surpris au moment où il entrait dans un dortoir de filles pour commettre son e-nieme forfait.  Ses gris-gris et sa valise furent confisqués par nos éléments de discipline et il avait reçu une belle correction à la chicote. Cet acte a même failli lui faire expulser pour le Congo.

Que dire du footballeur Ley Loko qui avait ramené un fétiche qui lui offrait un boulet de canon mortel au football? Auparavant, le mec n’était qu’un défenseur central ordinaire. Mais du jour au lendemain il est revenu du Congo avec des jambes bien musclées. Avec son fétiche en ruban qu il attachait toujours au bras, comme un brassard de capitaine, Il commençait à marquer beaucoup de buts par des frappes lointaines et surpuissantes… Comment ne pas croire à ces mythes de fée, tellement qu’il y’avaient des évidences?

Les ruines de l'Esbec # 48(façade principale), l'école des Congolais à Cuba.
@Courtoisie de la page Facebook de Manis Mieré

Le 14 mars 1989 en question, j’étais proche de fêter mes 15 ans. Cet après-midi-là, avec quelques copains de ma gang, nous sommes allés nous entraîner dans notre donjon aménagé dans les pins. Pour économiser les énergies, nous n’avons que réviser les concepts de base d’autodéfense. Nous n’étions que des ados, mais nous croyions fermement en ce que nous faisons et en nos forces pour mettre en déroute l’adversaire. Je pense à Sylvain Onguiende, Serge Olingou, Kevin Massala, Martial Mampouma, Ghislain Mabiala "Mabe" ou le défunt Tsiba Éphrem « la machine ». Plus les heures passaient, plus la tension montait. Vu la motivation de certains gars, particulièrement conflictuels, j’ai donc dit à l’égard des Yéménites : « Bonne chance les mecs! ».


Avant de quitter l’école, avec mes amis nous avons pris des gorgées de rhum Bocoy pour réchauffer un peu le sang. Nos yeux étaient devenus rouges : nous étions prêts pour la bagarre, comme disait le musicien Zao. Nous avons emporté avec nous des chaines d'acier avec lesquelles nous sécurisions nos valises, des bombes au gel de poivre et des bâtons de Baseball. Nous ne transportions pas avec nous des armes tranchantes, car la violence fatale ne fait pas partie de notre culture au Congo. Nous faisons usage de la force physique et mystique pour frapper et se faire respecter, mais pas pour tuer personne.

Les lycéens de l'école 48. Ils n'avaient pas voulu se solidariser à la cause.
Avant de partir, nous avons reçu des précieux renforts de dernière minute. Certains doyens du lycée, en quête de forte sensations, n’ont pas voulu perdre ce genre de moment unique. Ils voulaient le vivre en personne et je vous assure qu’ils ne s’agissaient pas que de simples curieux, mais plutôt des durs de notre école. Je pense à Innocent Ngouolondélé, Marius Itieré, Bolowou Molleng, Christian Nganga « Dan Vadis » ou Dzabatou « Chien Chaud ».


C’était tout simplement excitant de voir tous ces gros bras laisser de côté leurs différends, pour unir leurs forces afin de défendre l’honneur de la patrie. Mais au fait, qui était l'ennemi? Le Yemen ou le Sahara Occidental?

« Aucune importance!» dira un Brice Dzangué surexcité. « Ils sont tous pareilles ces Arabes


À SUIVRE…. 

mardi 25 avril 2017

" L'amour et la haine sont des parents consanguins."

une afrocolombienne


CITATION CÉLÈBRE DE LA SEMAINE

" L'amour et la haine sont des parents consanguins."


Proverbe allemand.



SENS FIGURÉ : Plusieurs femmes se demandent souvent si un homme peut les aimer et les haïr en même temps. C’est vrai, puisque il s’agit d’un amour fusionnel avec notre ego qui réduit la ligne de séparation avec la haine. Un peu comme deux sœurs qui au départ s’aiment beaucoup et finissent par sortir avec un même homme. 

Mais chez l’homme, cet ego est plus fort et quand il n’a pas le contrôle de ce qu’il aime il peut souhaiter que les choses ne marchent pas. Dans certains cas, par exemple, un homme peut se réjouir internement quand sa femme est éprouvée. C’est l’occasion pour lui de montrer son support affectif et financier devant la belle-famille. 

Aussi quand on est éprouvée, on fait une pause avec les distractions, les Facebook, les sorties, la drague…Les hommes peuvent alors se consacrer à autres choses que se faire des soucis tordus sur la femme.

Donc il t’aime mais ne veut pas que tu avances sans lui...

dimanche 1 janvier 2017

Vive le Nouvel An 2017 !!!

Cayo Levisa, Cuba

Bonjour à tous. El Cubano vous souhaite de passer une bonne et heureuse année 2017. Il vous présente ses vœux les meilleurs pour la nouvelle année. Cette année nous allons reprendre en force pour renouveler des nouveaux articles selon les habitudes de nos visiteurs les plus fidèles. Comme vous le savez certainement, tenir un blog en solo demande beaucoup de ressources et de travail de recherche. Ceci explique un ralentissement dans la publication habituelle des post vers la fin de l’année. Mais des nouveaux concepts et une restructuration des articles, sans changer mon style originel, vont redonner un nouveau souffle au blog.

le lac bleu au Congo
Situé près du sanctuaire à gorille de la réserve Lesio - Louna, a 5 km de Dolisie(département du Niari),  le magnifique Lac Bleu  est une destination touristique du Congo qui est surplombée par d’impressionnantes falaises bornées de savanes colorées.

Pour faire plaisir à la variété des origines de nos lecteurs, des nouvelles rubriques seront introduites telles que le Jumelage culturel entre les peuples du Congo et ceux d’ailleurs, la citation célèbre de la semaine (avec sa page à part) et d’autres surprises à découvrir…

Ambiance du Jour de l’An au Boulevard 30 Juin de Kinshasa(RDC)
Courtoisie du site web de Radio Okapi
Nous parlerons aussi d’histoire et de l’affirmation de l’identité de l’homme noir dans le monde. Partout dans le monde, les populations noires sont toujours les couches sociales les plus défavorisées et sinistrées, en partant des pays africains du sud du Sahara jusqu’aux confins de l’Océanie, en passant pas les pays de l’Amérique latine on assiste au même calvaire. 

Cayo Levisa
Levée du soleil au matin du 1er janvier 2017 sur la station balnéaire de Cayo Levisa(Cuba)


Il existe des causes pour trouver des explications sur cette fatalité originelle. Nous discuterons ensemble, sur ce blog, des raisons qui expliquent cette triste situation. Nos pays d’intérêt sont :

Ambiance lors du réveillon du Jour du 31 décembre 2016 sur la nouvelle promenade de Brazzaville(Congo)


La République du Congo, la République Démocratique du Congo, le Canada, l’Angola, le Cameroun, la Guinée, la Côte d’ivoire et sans oublier notre chère Révolution Cubaine.

Ottawa
Ottawa 2017- Les Feux du Parlement du Canada.


Cependant, pour le moment l’heure est à la fiesta…




Alors je vous souhaite de passer des Joyeuses fêtes !

dimanche 4 décembre 2016

Quel est l’héritage de Fidel Castro à Cuba et dans le monde ?


Quel bilan tirer des presque cinquante ans de pouvoir de Fidel Castro à Cuba ? Alors que les hommages se succèdent se pose la question de l’héritage de l’ancien dirigeant cubain sur l’île et dans le monde. Pour ses soutiens, Fidel Castro a permis la réussite de la révolution cubaine et la pérennité de l’indépendance de l’île. Il incarne la résistance latino-américaine et tiers-mondiste à l’impérialisme des États-Unis mais aussi de grandes réformes internes comme celles de l’éducation et de la santé. Ses détracteurs retiennent le dictateur impitoyable qui a usé du pouvoir pour réprimer toute contestation. Voici ce que pense El Cubano, un des acteurs impartiaux du Castrisme et de son impact.


Le parque Vidal, au fond on retrouve cet imposant Hotel Santa Clara Libre.

Cuba est une combinaison rare d'indicateurs sociaux des pays développés, mais avec des indicateurs économiques du Tiers-Monde.


Fidel Castro avait coutume de dire que la grande réussite de la Révolution cubaine était le mérite d'avoir accompli tant de progrès en matière sociale, alors que Cuba est un pays pauvre. Les progrès de la révolution cubaine dans l'éducation, la santé publique, la sécurité et l'égalité sociale sont des faits incontestables. Après la désintégration de l'URSS dans les années 90, la qualité et l'efficacité des politiques sociales se sont détériorés au fil du temps, mais, malgré tout, la plupart des indicateurs sociaux ont montré une consistance surprenante, compte tenu de l'ampleur du choc économique que le pays a subi. Par exemple, dans le classement pour l'indice de développement humain, défini par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Cuba reste encore aujourd'hui en tête en Amérique latine et dans les Caraïbes en matière d'éducation, et en deuxième position pour le taux d'espérance de vie à la naissance.


Or, cette même réussite pourrait être considérée comme un échec si on l'analyse sous un angle différent, et l'on se demande comment un pays avec tous ces progrès extraordinaires dans le domaine social est un pays si pauvre économiquement ? Ce sont précisément les réussites sociales les plus difficiles à atteindre pour les économies qui viennent de loin et qui veulent dépasser le seuil de la pauvreté, pour diriger leurs croissances vers un sentier d'améliorations progressives et durables.

La santé publique, fleuron du système castriste.

Prenons l’exemple des pays pauvres, mais avec une forte croissance économique comme le Rwanda ou le Malawi. Ils obtiennent des bonnes performances économiques, mais ces pays avaient déjà tellement de problèmes que ces succès économiques ne peuvent pas résoudre leurs problèmes sociaux.  Par contre, Cuba l'a réussi et, cependant, a maintenu des taux de croissance très faibles en plus de rester à la traîne sur le plan économique par rapport aux autres pays de la région. C’est ce qui est difficile de comprendre.

Si l'on compare l'île avec 10 pays de taille similaire dans la région (avec une population comprise entre deux et 16 millions d'habitants) dans la période 1960-2014, on constate que le PIB cubain a augmenté à un taux annuel moyen de 3,3% , alors que la moyenne de ces économies émergentes était de 4%, avec le Panama (5,8%), République dominicaine (5,3%), Costa Rica (4,8%) et de l'Équateur (4,5%).

Cela a poussé plusieurs analystes, détracteurs du Castrisme, à dire que dans les années 50 Cuba était déjà un des meilleurs en Amérique latine pour tous les indicateurs sociaux vantés par Fidel Castro. Ils soutiennent qu’en 1950 Cuba et l’Uruguay étaient les pays les plus alphabétisés de l’Amérique latine. Ces affirmations sont probablement vraies. Cependant, remarquez qu’il est toujours facile pour les économistes illuminés, avec leurs gros livres et des petites lunettes rondes, de se cacher derrière les statistiques et les théories. Mais la vraie réalité, il faut la vivre sur le terrain.

La ville historique de Trinidad(province de Sancti Spíritus), une des destinations touristiques les plus prisées de Cuba.

Moi El Cubano, auteur de cet article, je ne suis pas un citoyen cubain ni un partisan du communisme. Mais j’ai vécu dans ce pays pendant 14 ans et je connais bien quelles sont les infrastructures de base de ce pays qui datent d’avant ou après la Révolution castriste. Dans le secteur de l’éducation, à part les anciennes universités de la Havane, l’Université orientale de Santiago de Cuba et l’Université centrale Marta Abreu de Las Villas, toutes les autres universités restantes(une douzaine), y compris la prestigieuse École Polytechnique des ingénieurs de la Havane(CUJAE), furent construites sous le régime des frères Castro.

Je ne tiens même pas compte des fameuses écoles de médecine, fleuron de la révolution cubaine, qui existent dans chaque province du pays. Toutes ces universités possèdent des campus et des résidences estudiantines, avec des cafétérias, des installations sportives, des bibliothèques, des cliniques médicales et tous les services que vous trouvez en ville.
École des Médecines de Santa Clara. Chaque province de Cuba possede une école comme celle-ci pour former les professionnels de santé locaux
 J’ai voyagé pas mal dans les pays du bassin des Caraïbes. Quand je dis bassin des Caraïbes, je ne me limite pas qu’à la République Dominicaine, Panama et les petites îles des Antilles. Je me réfère aussi au géant Mexique avec toute son industrie, à la grande Colombie avec tout son capital humain ou du Venezuela avec ses énormes gisements de pétrole. Mais je peux affirmer que le programme cubain et sa réussite sociale sont uniques en Amérique latine.

Ce que je peux résumer comme héritage de Fidel Castro, en plus de l’éducation gratuite du peuple, viennent dans les quelques points suivants :


La couverture de santé gratuite pour les Cubains


La couverture de santé est totale et gratuite pour les Cubains et étudiants étrangers résidant dans les internats. C’est vrai que les Cubains souffrent beaucoup à cause de l’embargo américain, car les produits de première nécessité et les médicaments rentrent difficilement dans le pays, mais ce qui est disponible est bien utilisé et reparti dans un intérêt de tous. Souvent lorsque j’évoque les succès du système cubain comparé au Canada, les médecins canadiens aiment relativiser en mentionnant la mauvaise qualité des équipements et du personnel médical cubain comparé aux normes des pays développés.

Civamax, le vaccin cubain contre le cancer des poumons gratuit pour le peuple.

C’est peut-être vrai car si l’on compare les technologies entre les deux pays la différence est grande. Mais que vaut la qualité des soins lorsqu’au Québec le temps d’attente moyen du patient dans un centre d’urgence médicale est de 5h ? 5h est un temps d’attente des hôpitaux des pays pauvres qui manquent de personnel, je m’excuse pour les professionnels canadiens de santé, mais à Cuba le temps d’attente moyen dans un hôpital est de 40 minutes.

Étudiants de la Cujae, une école polytechnique de la Havane qui forme les plus brillants ingénieurs du pays gratuitement.

Que vaut la qualité de soins lorsque se faire enlever une dent dans une clinique dentaire en Ontario peut vous coûter 1200$, alors que la même opération est gratuite à Cuba ? Je me suis déjà fait enlever la dent dans les deux pays, heureusement pour moi qu’à chaque fois se sont mes assurances privées qui ont fait la différence au Canada. Mais les Canadiens qui ne possèdent pas des assurances privées doivent payer très cher pour les soins dentaires, car ceux-ci ne sont pas couverts par les régies d’assurances maladies publiques.

 La pérennité de l’indépendance cubaine

Soldats cubains en Angola lors de la bataille de Carlota.

 Fidel Castro a conquis le monde. Il a tout simplement fait les choses selon sa volonté et celui de son peuple, mais pas pour plaire aux puissances occidentales comme le fait Sassou Nguesso au Congo par exemple. Après avoir beaucoup travaillé, se sentant fatigué, Fidel a simplement laissé le pouvoir aux mains de son frère cadet et a attendu sa mort tranquillement dans son lit. Il est parti en laissant derrière lui un système et une diplomatie solides, avec une armée de près de 500 000 militaires, parmi les mieux disciplinés et entraînés du monde.

Grâce à Fidel Castro, un pays comme l’Angola a pu se libérer de l’invasion de l’armée sud-africaine et des groupes nébuleux soutenus par le régime de l’apartheid. En effet, l’intervention de l’armée cubaine en Angola fut décisive pour sauver le MPLA et le pouvoir du président Eduardo Dos Santos, en même temps l’aide militaire à contribuer à forger l’esprit guerrier des soldats angolais.
La bibliothèque de la Universidad Central Marta Abreu de Santa Clara.

La solidité de son système a donné à son pays une meilleure image et une sympathie au sein des pays du tiers monde. Avant la révolution, Cuba était certes riche et prospère, comme le soutiennent certains, mais cette île était aussi reconnue comme le casino et la cour arrière des américains qui leur offraient des prostituées et des gigolos en masse. C’est Fidel Castro qui est venu changer cette image des Cubains, en les présentant comme un peuple plutôt fier et travailleur.

La sécurité et la tranquillité

La police cubaine est toujours alerte et proche du peuple.

En 1993, alors que jetais à ma dernière année du collège pré universitaire, je discutais avec mon professeur de physique dans un couloir sur les problèmes de violences aux USA. Il m’avait dit une chose qui m’avait beaucoup marqué et qui aujourd’hui s’est révélé être une prophétie de ce brillant professeur. Il me dit que Bill Clinton (le président américain de l’époque) pouvait venir à Cuba et se promener dans les rue sans garde du corps et rien ne se passera. Je me disais qu’il délirait parce qui il prenait l’exemple d’un fait qu’il savait techniquement impossible au fond de lui : aucun président américain ne mettra les pieds à Cuba avant 30 ans, soit avant la fin du socialisme.

Vous savez quoi ? En 2016, Obama, son épouse et ses deux filles viennent juste de le faire dans les rues de la vieille Havane, sous la pluie et sans gardes du corps visibles aux alentours ! Mon professeur avait raison !

La sécurité à Cuba est une responsabilité collective du gouvernement et du peuple aussi. Les CDR(Comité de défense de la révolution) et les membres du partis sont implantés jusque dans les coins les plus reculés du pays. Ils sensibilisent les populations sur les questions de sécurités et la tolérance dans le voisinage, en même temps ils sont les yeux et les oreilles des organes de la Sécurité d’état.  Cette structure de sécurité complexe établi par les Castro rend presque impossible la formation des gangs de rue dans les villes, comme ce que l’on retrouve partout en Amérique latine. Si on remarque quatre ou plus individus qui se tiennent toujours ensemble, ils deviennent rapidement la cible des CDR et de la police secrète. Cela va même au-delà de la sécurité physique.

Fidel Castro prend son repas avec des soldats cubains dans un campement de la Sierra Maestra.
En tant qu’étudiants étrangers, nous n'étions pas trop familiarisés avec les rouages de la rue cubaine et ce sont des simples citoyens anonymes qui nous avertissaient souvent des possibles dangers ou des fréquentations à risque. 

Je me rappelle une nuit lors d’un carnaval à Santa Clara, j’ai croisé trois copains angolais de mon université. Ils étaient tous arrosés et accompagnés de belles jeunes cubaines. On a jasé un petit peu puis ils ont continué leur chemin parmi la foule. Un cubain qui ne se tenait pas loin de nous, avec sa copine, est venu me dire de rattraper mes copains et leur souffler à l’oreille de faire très attention parce que l’une de ces filles était atteinte du VIH. Dans son quartier c’était connu de tous qu’elle se rendait régulièrement prendre les soins gratuits administrés dans un centre médical adapté pour ces patients. Avait-il raison ou non ? 
École secondaire des étudiants de la Namibie a l'île de la Jeunesse, Cuba.
Je n’ai pas pensé deux fois et je suis allé vite passer le message. Voilà la force de la sécurité collective de la société cubaine développée par le socialisme castriste. Tout le monde se connait, tout le monde se parle. Qui est visiteur, qui est sorti de prison, qui a déjà volé ou tué, tout le monde le connait. Le reste c’est à la police de faire son travail.

Les Cubains sont pauvres, pour ça il faut le reconnaître. Castro malgré tous les plans et les œuvres sociales qu’il a vantées, a laissé un pays exsangue économiquement. Nous n’allons pas non plus tout rejeter sur la faute du blocus américain, car les frères Castro aussi ont leur part de responsabilité. Ils auraient pu réussir leurs programmes économiques s’ils savaient déléguer les pouvoirs. Mais leurs egos pour tout contrôler étaient trop forts pour le permettre. Les 50 ans de ce régime ont laissé des traces de fatigue assez visibles partout dans le pays, les bâtiments devenus vétustes, des maisons et même des personnes. Le visage du pays n’a pas beaucoup changé depuis 1950. Seul le charme des eaux douces des Antilles, avec un climat chaud et sec, restent pour aromatiser un secteur de tourisme toujours en forme. Mais Cuba à besoin du renouveau, ce pays a besoin d’importants investissements et d’ouverture pour moderniser les infrastructures de télécommunications. 

La Habana vieja

Fidel Castro n’a jamais été intéressé à ce que le pays soit ouvert au monde via les technologies des informations, afin de mieux contrôler l’information entrant dans le pays. Cet ego des dirigeants cubains continue d’être un gros facteur contre le développement économique de l’ile. Il faut aussi préciser que même cette éducation gratuite, tant vantée par Fidel Castro, est en retard au point de vue qualité pour faute d'ouvertures avec l'extérieure. Ce qui explique que plusieurs ingénieurs et médecins cubains qui ont immigré en Floride se retrouvent comme employés des épiceries ou de chantier de construction. Que vaut aujourd’hui un ingénieur de logiciels gradué avant 2006 et qui ne possede pas des connaissances sur la programmation des plateformes Android, Mac iOS ou Node-js?

Par exemple, en 2003, les étudiants cubains de génie électronique utilisaient encore les modèles mathématiques du programme spatial russe des années 60, pour optimiser les cartes de mémoires des processeurs de fréquences.

En 2018, lorsque Raul Castro aussi va quitter le pouvoir, ce sera complètement la fin du castrisme. Il sera important que le parlement cubain vote des nouvelles lois et mesures pour lutter contre le vieillissement de la population cubaine. Le pays doit s’ouvrir à l’immigration. De nos jours, il est impossible d’obtenir la nationalité cubaine pour un étranger, alors que Cuba souffre de l’évasion des cerveaux et du faible taux de natalité. Ce pays qui n’est pas encore surpeuplé, a besoin des bras frais pour revitaliser son économie. Il y a encore de l’espace pour accommoder 6 millions d’immigrants en espace de dix ans dans les nombreuses îles et îlots que forment cet archipel en forme de crocodile.

Cependant, malgré son vieillissement et ses problèmes économiques, Cuba n’a rien à envier aux autres pays latino-américains. On dit souvent que nul n’est prophète chez soi. Attendons que Cuba devienne comme les autres pays de la région pour juger. 

Il n' y a pas de gangs de rue chez Castro, la police est en contrôle de tout.

Par exemple en Colombie, cet enfer qui ne compte plus le nombre de massacre de ses paysans exécutés par des escadrons de la mort, ce pays où la culture de l’extorsion est devenue un phénomène banal ; Le Venezuela qui est devenu en état de guerre sans pourtant identifier les belligérants ; le Honduras et le Salvador ravagés par les gangs de rue du M-13 ; le Mexique qui est en train de vivre sa propre période des  grands cartels de la drogue ; le Brésil où les voleurs de la rue ont fait la chasse aux touristes pendant les Jeux olympiques de Rio 2016 en plein jour et au vu de tout le monde ; que dire de la République Dominicaine qui est devenue la cour des prostituées  pour les gringos de toute sorte ?

Bref, quand les cubains voudront vivre comme leurs frères latino-américains, c’est à ce moment qu’ils feront le vrai bilan de cet héritage légué par Fidel Castro.